Chaque année, la Cour des comptes vérifie comment l'État a exécuté le budget voté par le Parlement. Dans son [rapport public annuel 2025](lien vers l'article 1), elle passe au crible le budget 2024. Voici ce qu'il faut en retenir.
Un budget de plus de 13 700 milliards
Le Parlement avait voté pour 2024 un budget de 13 720 milliards de francs CFA, porté à 13 837 milliards en cours d'année. Ce montant total comprend les dépenses courantes de l'État, ses investissements, mais aussi le remboursement de ses dettes.
Moins de recettes que de dépenses
En 2024, l'État a encaissé 6 200 milliards de francs CFA de recettes budgétaires, principalement des impôts et des taxes, soit 94,2 % de ce qu'il avait prévu. Dans le même temps, il a dépensé 8 899 milliards, soit 97,4 % des dépenses prévues.
L'écart entre les deux, 2 699 milliards, constitue le déficit budgétaire. Pour le combler, l'État a mobilisé 6 678 milliards de ressources de trésorerie, essentiellement des emprunts, dont une partie a servi à rembourser des dettes anciennes pour 3 710 milliards. Au final, les comptes de l'année se soldent par un excédent global de 269 milliards. Autrement dit, l'État a emprunté plus qu'il n'en avait besoin pour couvrir son déficit et ses remboursements.
Deux critères de l'UEMOA sur cinq
Les pays de l'UEMOA se sont fixé des règles communes pour garder des finances saines. La Côte d'Ivoire en respecte deux sur cinq en 2024.
La dette publique atteint 59,5 % de la richesse produite dans le pays, sous le plafond de 70 %. Elle progresse toutefois chaque année : elle était de 47,5 % en 2020. Le solde budgétaire, calculé selon la méthode propre à l'UEMOA qui intègre les dons, respecte aussi la norme.
Trois critères ne sont pas respectés. L'inflation, c'est-à-dire la hausse des prix, s'établit à 3,8 % pour un plafond de 3 %. Les salaires des agents de l'État absorbent 40 % des recettes fiscales, au-delà du plafond de 35 % : sur 100 francs d'impôts collectés, environ 40 servent à payer les fonctionnaires. Enfin, la pression fiscale atteint 13,8 % alors que l'objectif est d'au moins 20 % : sur 100 francs de richesse produite, l'État en collecte moins de 14 en impôts.
Ce que la Cour reproche au gouvernement
La Cour relève que des crédits supplémentaires ont été ouverts par simple arrêté. Or la loi organique relative aux lois de finances impose de passer par une loi de finances rectificative votée par le Parlement, ou par un décret d'avance. Elle demande au ministre des Finances et du Budget de respecter cette règle, de lui transmettre tous les actes qui modifient le budget et de mieux faire concorder les chiffres présentés dans les différents documents budgétaires.
Elle lui demande aussi de poursuivre le recouvrement des prêts accordés par l'État à des entreprises, et de produire les actes relatifs à plusieurs entreprises publiques liquidées ou en difficulté, dont Air Afrique et la Filature Tissage Gonfreville.
Malgré ces observations, la Cour a déclaré que les comptes de l'État et ceux des comptables publics concordent pour l'année 2024.
Pourquoi cela vous concerne
Un faible niveau d'impôts collectés limite ce que l'État peut financer sans emprunter : routes, écoles, centres de santé. Une dette qui augmente signifie davantage de remboursements dans les budgets futurs. Ce sont ces arbitrages qui, au bout de la chaîne, se traduisent par des investissements dans le Haut-Sassandra ou par leur absence.
Prochain article de notre série : la performance des ministères, notée par la Cour des comptes.
La Rédaction

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