La Préfecture de Daloa et le syndicat MEDD se sont exprimés ce matin après le drame du corridor de Bédiala qui a coûté la vie au professeur Keita Daouda . Une rencontre sous tension, entre apaisement officiel et colère syndicale, s'est tenue ce lundi 28 septembre 2026 à la Place du Drapeau.
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La rencontre a été marquée par deux temps forts : la lecture de la motion de protestation et l'appel à l'apaisement du Préfet.
Premier temps fort : la lecture de la motion
Le Collectif des syndicats du secteur Éducation-Formation du Haut-Sassandra a procédé à la lecture solennelle de sa motion de protestation suite au décès de leur collègue Keita Daouda. Dans cette motion remise officiellement à l'autorité préfectorale, les enseignants ont exigé la suppression automatique du corridor de Bédiala, jugé illégal car non répertorié parmi les 33 barrages officiels reconnus par l'OFT, ou à défaut l'application stricte des mesures réglementaires : herse normalisée, éclairage et signalisation à 200 mètres.
Ils ont également exigé la prise en charge des funérailles du feu Keita Daouda, la prise en charge des frais médicaux des enseignants blessés sous les coups du GMI, la prise en charge à vie des orphelins de feu Keita Daouda, et qu'une enquête soit diligentée à l'issue de laquelle les responsables et coupables seront traduits devant les tribunaux, jugés et punis.
Le Collectif dénonce également, selon son témoignage, les violences subies par les enseignants venus constater le décès, attribuées au GMI.
Deuxième temps fort : l'appel à l'apaisement du Préfet
Mandaté par le Préfet de région, Préfet du département de Daloa, Djèto Keipo, Secrétaire Général 1 de la Préfecture, a reçu la délégation. Il a réitéré les condoléances attristées de l'autorité et assuré que la motion sera transmise fidèlement à la hiérarchie. Il a toutefois lancé un appel à l'apaisement.
« Nous avons été instruits ce matin par Monsieur le Préfet de région, à l'effet de vous recevoir, non seulement pour recevoir votre motion de protestation pour la transmettre à la hiérarchie, mais également pour réitérer ses condoléances les plus attristées. C'est vrai, c'est un enseignant qui est tombé, mais c'est un fonctionnaire. Nous sommes tous des fonctionnaires et la douleur qui vous étreint nous étreint également. Cependant, Monsieur le Préfet de région souhaiterait que votre observation de grève puisse se faire dans la discipline, dans le calme, dans le respect de l'ordre public, pour éviter les débordements. La grève c'est un droit, mais troubler l'ordre public ce n'est pas bon », a déclaré Djèto Keipo.
La colère des syndicats
De l'autre côté, la colère est vive. Kouaba Fabrice Arnaud, membre du Bureau Exécutif National du MEDD et SG Régional Adjoint 1 du Haut-Sassandra, dénonce un drame prévisible. Selon lui, le corridor de Bédiala, avec sa simple corde comme dispositif de barrage, a déjà fait une victime : Serge Koffi de l'IEPP Daloa Kennedy. « En plein 19h, revenant de Bouaké, le corridor n'étant même pas éclairé, le camarade s'est pris dans la poitrine la corde. Il est tombé raide sur le goudron et a fait trois jours d'hospitalisation inconscient », révèle-t-il.
« Tous ont été informés mais ils ont étouffé l'affaire parce que le camarade n'est pas mort. Aujourd'hui le camarade Keita subit le même acte, cette fois il est mort. Pourquoi attendre à chaque fois qu'il y ait drame pour réagir ? Pourquoi attendre qu'il y ait mort ? Jusqu'à hier à minuit les autorités ne cessaient de nous appeler. Le Ministre a dépêché le DELC et le DRH depuis Abidjan. Trop c'est trop », a-t-il lancé pour marquer sa colère. Il a également illustré le manque de respect envers les enseignants par sa propre interpellation à 23h devant l'Institut Pastoral, où, en veste bien sapé, souligne-t-il, il aurait été sommé de monter dans un cargo de police pour une rafle systématique sans contrôle de pièces, avant qu'on lui demande de demander pardon pour être libéré.
École paralysée : le constat sur le terrain
Le MEDD ne parle pas de grève, mais de trois jours de deuil en mémoire à notre frère. Conséquence directe : l'école est totalement paralysée dans le Haut-Sassandra. Sur le terrain, nous avons constaté la fermeture de tous les établissements publics et privés : le Lycée Antoine Gauze, les Lycées 1, 2, 3, 4, 5, le Collège Moderne, le Lycée Khalil, l'École Primaire Lobia 2, l'École Gobelet, le CAFOP Supérieur de Daloa, ainsi que de nombreuses écoles primaires publiques et privées. Tous fermés.


Notons que le défunt professeur Keita Daouda laisse derrière lui une veuve enceinte de huit mois et un enfant. Une Assemblée Générale est prévue à l'issue des trois jours de deuil pour décider de la suite.
La Rédaction

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